Potosí, l’Eldorado colonial – Bolivia

– Du 23 au 24 mai 2017 –

Potosí est célèbre pour être la ville de 100 000 habitants la plus haute du monde (4080 m), mais surtout pour son passé à la fois grandiose et tragique.

La ville fut autrefois la plus grande du continent, aussi grande que Londres ou Paris. Au milieu du XVIIème siècle, elle compte même 160 000 habitants, ce qui en fait l’une des villes les plus peuplées et les plus riches du monde. Pourtant au début du XVIème siècle, ce n’est qu’un petit village niché au pied d’une montagne.

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Potosí vue du Cerro Rico

Tout change au début du XVIème siècle lorsque les incas découvrent dans la montagne des veines d’argent pur, dans cette montagne qu’ils nomment le Cerro Rico (la « Montagne Riche »). Pourtant ils arrêtent très vite leur exploitation car lors de leurs premières tentatives, l’immense montagne se met à gronder et une voix leur annonce que ces richesses « ne sont pas pour [eux]. Dieu les réserve à ceux qui viennent de plus loin. » Lorsque les colons apparaissent, les incas comprennent que c’est à eux que la montagne est destinée et leur révèlent l’existence de ce trésor. C’est en 1545 que les espagnols découvrent à leur tour la « Montagne riche » et qu’ils réalisent qu’ils viennent de trouver l’Eldorado, une montagne entière d’argent s’offre à eux ! On vous avoue qu’on a un doute sur la crédibilité de cette histoire.

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Le Cerro Rico

C’est le début d’une exploitation sans comparaison à l’époque. Les quantités d’argent exportées en Espagne atteignent des proportions gigantesques : en 150 ans, plus de 16 000 tonnes d’argent arrivent en Espagne. Cela représente le triple de la totalité de l’argent présent en Europe en 1545. Une seule montagne andine contenait 3 fois plus de richesse que l’Europe entière !  Et là on ne parle que des quantités officielles, déclarées, qui ne représenteraient que la moitié de la réalité… Ce déferlement d’argent sur l’Europe, alors en crise, a forcément eu beaucoup de conséquences : il a stimulé le développement du continent, a permis d’engendrer son industrialisation, de démarrer la révolution industrielle, de semer les graines du capitalisme moderne et de la domination de l’Europe sur le monde. Car oui, ce n’est pas l’Espagne, déjà fortement endettée, et dont Potosí a ouvert l’appétit, qui en a profité, mais bien l’Europe entière. C’est ainsi que naquirent les premières grandes banques européennes, en accumulant des capitaux gigantesques grâce à l’argent espagnol.

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La Virgen del Cerro, sa robe symbolisant le Cerro Rico (XVIIIème siècle, peintre inconnu)

Mais l’argent ne sortait pas de terre tout seul ! Les indiens furent tout au long de l’exploitation des mines par les espagnols de véritables esclaves. Entre 1545 et la fin du XVIIIème siècle, 8 millions d’indiens sont tués à Potosí. Huit millions en 250 ans, soit plus de 30 000 par an, ou 90 par jour !!  Un génocide ignoré. Ils étaient arrachés à leur campagne avec femmes et enfants. Sept sur dix n’en revenaient jamais. L’espérance de vie dans les mines était inférieure à 3 ans. On lit souvent que la quantité d’argent extraite suffirait à construire un pont au-dessus de l’Atlantique pour relier Potosí à l’Espagne et qu’il en resterait encore à transporter sur ce pont, mais les ossements des mineurs morts y suffiraient également.

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Fresques de mineurs dans le centre ville de Potosí

Aujourd’hui on y trouve presque plus d’argent, on y exploite principalement l’étain, le cuivre et d’autres minerais. Les mineurs se sont organisés en coopératives et travaillent pour leur propre compte. La besogne se fait toujours comme il y a 500 ans, « à la pelle et à la pioche, dans des conditions insalubres », dans un labyrinthe de ténèbres, à la force des muscles, en mastiquant de la coca à longueur de journée et en buvant de l’alcool (à 96° !) pour tenir le coup. Les offrandes à Tio sont un rite sacré en arrivant dans la mine pour s’assurer du bon déroulement de la journée : offrandes de feuilles de coca, d’alcool et une cigarette à se consumer dans la bouche. Pourquoi s’appelle t-il le Tío ? Parce qu’à l’époque, les indiens n’arrivaient pas à prononcer correctement Dío (dieu en espagnol) et le disait Tío.

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Tío, recouvert de ses offrandes : feuilles de coca, alcool et cigarettes

L’une des nouvelles ressources de la ville réside dans le tourisme qui s’est largement développé ces dernières années. Les mines se sont ouvertes au public, ce qui nous a permis d’aller les découvrir de l’intérieur et de se rendre compte des conditions de travail. Cette visite des mines est controversée dans plusieurs guides papiers sur la Bolivie, certains parlant de voyeurisme de la part des visiteurs. Pour nous, la visite est synonyme de découverte, culture et surtout de soutien aux mineurs, d’intérêt pour leur travail et les conditions dans lesquelles ils vivent.

Entrée et abords de la mine

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Quartier d’habitation des mineurs, sur le flanc du Cerro Rico

L’une des nombreuses entrées des mines. Chargement d’un camion avec le minerai extrait

Nous commençons notre progression dans les couloirs de la mine. Les voies principales sont assez larges et hautes mais il y a beaucoup de plus petits conduits où le passage est étroit et glissant.

Passage d’un couloir à un autre par une échelle et vue d’un passage

Mineurs rencontrés dans les couloirs

Au cours de la visite, nous croiserons 2 groupes de mineurs. Chaque groupe de 4 à une dizaine de mineurs travaille pour son compte et répartit les gains équitablement à chacun à la fin de la semaine.

L’usage de la dynamite est quotidien pour ouvrir de nouvelles voies. Les bâtons sont insérés dans des trous percés sur la paroi, comme sur la photo suivante.

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Dans la peau d’un mineur le temps d’une matinée. Sortie de la mine : heureux de revoir le soleil après l’obscurité, l’humidité, la poussière et l’espace réduit

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Revenons-en à cette expression de Don Quichotte dont on parlait dans l’article précédent : ¡Vale un Potosí!, traduit par « cela vaut un Potosí ». C’est Miguel de Cervantes qui lança de la bouche de son héros Don Quichotte la phrase désormais célèbre. Elle a en espagnol à peu près le même sens que l’expression française « c’est le Pérou », dont l’origine historique est commune, Potosí appartenant à l’origine à la région du Haut-Pérou. Elle désigne un objet d’une grande valeur où une situation particulièrement lucrative.

L’un des édifices les plus importants de Potosí est la Casa de la Moneda, la maison de la monnaie. Suite aux quantités d’argent extraites, la nécessité d’ouvrir un nouveau centre de création de la monnaie s’est imposée. La première Real Casa de la Moneda fut construite à partir de 1572 et les premières pièces de monnaie furent frappées en 1574. 151 ans plus tard, et malgré la chute de la production d’argent, l’Espagne décida de réactiver la production de monnaie pour faire face à ses énormes dépenses. Une nouvelle maison de la monnaie fut alors construite en 1773 et celle-ci continua ses activités jusqu’en 1953, année de sa fermeture.

Les cours de la Casa de la Moneda

Aujourd’hui la Casa de la Moneda expose des machines datant des époques coloniales et républicaines ainsi que des pièces de monnaie et des tableaux. On peut y voir reconstitué le travail des ouvriers qui frappaient la monnaie à la main les 2 premiers siècles, puis les machines à vapeur et enfin électriques.

Reconstitution des méthodes de fabrication des pièces de monnaie. Les balances servaient à réaliser le mélange argent/cuivre, ce dernier servant à durcir les pièces qui seraient molles si elles n’étaient faites que d’argent

Symbole de la colonisation et de l’exploitation des ressources de l’Amérique latine par l’Espagne, Potosí et ses 130 000 habitants vivent aujourd’hui dans la pauvreté. Secoué par des explosions de dynamite et traversé d’une centaine de kilomètres de souterrains, le Cerro Rico menace de s’effondrer, ensevelissant des milliers de mineurs.

La montagne a été placée sur la liste des sites en péril par l’UNESCO car selon elle les activités minières incessantes et incontrôlées font peser de grands risques sur le Cerro Rico. Pourtant personne ici n’imagine mettre un terme à l’exploitation minière, quasiment unique source de revenus de la région.

Notre passage par Potosí a été un moment fort, autant en découvrant les détails de l’histoire qu’en côtoyant ces mineurs toujours en activité. Les injustices de la colonisation sont flagrantes ici et on ne peut que compatir avec les travailleurs actuels de la mine qui essaient simplement de faire vivre leur famille.

Un grand hommage à eux !

Les prochaines étapes sont très natures, vous verrez ça change !

 


La vidéo

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